J'aurais pu partager la chanson d'Alain Bashung, mais le texte est semble-t'il farci de sous-entendus légers, alors on va éviter de déclencher des polémiques qui n'ont rien à voir avec la choucroute: ici c'est de travail dont on cause!
Et plus que de travail, d'une condition à la fois enviée et fortement décriée: celle de "patron" alias chef, boss, tyran, profiteur du travail de besogneux moins bien lotis puisque sous ses ordres...je m'égare (comme d'habitude...)
Déterrée de sous les fagots celle-ci!
On a oublié de me prévenir quand je faisais mes études, qu'un jour j'étais susceptible de devenir "chef d'entreprise"!
On, ce sont d'abord les professeurs , ceux de classe prépa (ceux qui vous annoncent le 1er jour que "vous êtes l'élite de la France" et qui vous annoncent quelques jours plus tard qu'un tiers de la classe sera invitée à ne pas revenir après les vacances de la Toussaint), puis ceux de l'Ecole véto, mais les profs sont excusés, ils ont le nez dans leurs cours et leurs stats de réussite aux concours et examens (mode ironie activé).
On, ce sont les maîtres de stage, qui pourtant connaissent le sujet...
On , ce sont aussi les patrons qui m'ont fait trimer , à une époque où il fallait vendre son âme au diable pour trouver du boulot, ce qui ne semble plus être le cas aujourd'hui. Aujourd'hui, ce sont plutôt les employeurs qui doivent se vendre pour trouver du "personnel" (je hais ce mot, j'ai l'impression d'être dans une série sur la noblesse anglaise et ses privilèges)
Bref, chef d'entreprise... Mais qu'est-ce donc que cela? si on décortique le tout, ça donne:
-entreprise: organisation de production de biens ou de services à caractère commercial.
Paraît que l'entreprise doit aussi être synonyme de bien-être pour ses salariés. Pour le chef, je n'ai pas trouvé l'info, je cherche encore.
-chef: patron, celui qui prend les risques, qui décide de tout, et qui empoche le pognon...et c'est là que le mythe prend corps, à ce moment précis du fantasme de ceux qui ne dirigent rien, sauf leur voiture ou leur pieds pour rejoindre le bus ou le train pour y aller, au boulot.
J'ai beau porter cette casquette depuis 22 ans, après avoir donné de mon auguste personne pendant plus de 10 ans à des patrons, je trouve toujours qu'il y a une inadéquation entre la taille du couvre-chef et celle de ma tête. Non pas que j'ai le melon! (expression classique pour décrire quelqu'un fort imbu de sa personne, et dont la circonférence céphalique l'empêche de passer les portes), c'est la casquette qui est régulièrement trop grande et me retombe sur le nez...Et pourtant je la partage, donc à nos deux têtes, on devrait faire le plein, et bien même pas!
Mais qu'est-ce qui peut bien être si pénible dans le statut de patron??? Après tout, le patron c'est le chef, celui qui donne les ordres et fait bosser "le personnel"pour avant tout son bénéfice, non? En tout cas, dans notre pays, être chef d'entreprise n'a pas forcément une connotation positive, je trouve, et ce , qu'on se place du point de vue des potentiels (je dis potentiels car ils se font rares) salariés ou du point de vue de l'administration, dont manifestement le chef d'entreprise est une cible pour toutes les embûches possibles et aussi pour financer tout un tas de trucs. La liste s'allonge d'année en année.
A de rares moments, heureusement qui ne durent pas, je rêve de bosser dans un pays ou les démarches se réduisent à pas grand chose, et où une poignée de mains fait office de contrat. Mais dans ce pays là, pas de sécurité, ni pour le chef, ni pour les employés...on oublie, et le chef gravit l'Everest administratif quotidien.
Ceci n'est pas un manifeste en mode "pick me", il s'agit juste d'un constat: j'ai fait des études de vétérinaire, et je constate que cette casquette là , que j'ai choisie, je ne la porte finalement qu'une partie de mon temps de travail. Bien sûr j'aurais pu décider de travailler seule, sans local, à domicile avec juste une sacoche et le strict nécessaire pour soigner les patients chez eux. Mais dans ce cas, on oublie les examens complémentaires et les chirurgies. On ne peut pas exercer cet art comme la médecine humaine, on n'a pas le choix: un local et un outillage non négligeable sont indispensables. C'est mon point de vue.
Une fois qu'on a franchi cette étape (du local pour travailler, le fameux ERP "établissement recevant du public"), on met le doigt dans un engrenage infernal. Un tombereau de normes tombe sur la tête du pauvre praticien, des autorisations en tous genres doivent être demandées, des contrôles divers et variés se mettent en place, le tout accompagné de dossiers à remplir, avec souvent des documents manquants et des administrations qui se renvoient la balle.
Et chaque année, comme la foire aux vins qui se répète en automne, une nouvelle palanquée de normes vient s'ajouter à celles existantes. Sans parler du transfert de responsabilité et de coût de prestations auparavant supportés par l'état, les collectivités etc, etc. C'est sans fin. Il ne faudrait pas que le chef d'entreprise se repose sur ses lauriers après en avoir fini avec un épineux dossier. On en remet une bonne couche.
Ceci n'étant pas une conférence sur le sujet, mais juste un effleurement de mon ressenti , on va la faire courte:
Depuis la création de la Clinique avec mon associée (création ex nihilo je précise) il y a près de 23 ans, dans les bons moments comme dans les galères, jamais je ne me suis sentie chef de quoi que ce soit. Je crois que je maîtrise encore moins les contingences réglementaires que la médecine vétérinaire, mais au moins pour cette dernière, je peux me rassurer en vérifiant dans le tiroir à bordel du bureau que mon diplôme est bien toujours là 😅. Quant à diriger une équipe....
Cette semaine, la question a été formulée ainsi dans le groupe de travail de Leïla: quelle est la différence entre hiérarchie, autorité et leadership. Les participants du groupe de travail étaient invités à y répondre sans chercher sur internet ni lire les autres réponses. Voici la mienne:
La hiérarchie c’est l’échelle professionnelle intuitive ou établie selon laquelle il y a en haut le dirigeant , sous lui les cadres, et sous eux les non cadres
L’autorité c’est la source de décision, celle qui impose les process et qui met le cadre
Le leadership c’est la capacité à diriger une équipe et à la fédérer vers un objectif commun
Je réalise alors que la hiérarchie est un concept clair et intuitif pour moi. L'autorité est plus troublante, elle est propice aux dérapages et à la toxicité. Quant au leadership, il n'est pas donné à tout le monde, voire pas à n'importe qui. On est équipé ou pas, et je ne suis pas persuadée qu'on puisse l'apprendre, pour moi il est inné.
Un audit récent de notre petite entreprise, réalisé pour nous aider à trouver la voie à suivre pour faire prospérer la dite entreprise et la transmettre bien vivante et, nous le souhaitons, florissante, nous a fait prendre conscience de ce qu'est la mission d'un chef, d'un patron. La voie est loin d'être rectiligne, mais comme la vie en fait. Il faudra (continuer de) faire avec, pas le choix!
Tiens, puisque je mentionne mon diplôme: je ne suis jamais allée réclamer la version définitive à la fac de médecine de Lyon, c'est certainement le signe que je souffre toujours du syndrome de l'imposteur. Celui-ci mériterait d'ailleurs une future publication (et hop! Une ligne en plus sur ma liste "à écrire")