J'aurais pu l'appeler chienne de vie, pour alambiquer le titre de cet article, mais la vie n'a pas été si chienne que ça avec moi, je croise les doigts pour que le destin, farceur à ses heures, me laisse tranquille encore un bon moment.
On est Dimanche, Radio Périgord n'a pas encore émis, il est 4h50, et je me suis levée pour vérifier que ma vieille chienne est toujours en vie. Avec le secret espoir qu'elle s'est endormie pour de bon dans son sommeil. C'est la mort que je souhaite à tout le monde, même aux gens que je n'aime pas. Oui, je sais, je suis une bonne personne.
J'en profite donc pour coucher ici de ma plus belle plume, ce que je commençais à rédiger dans ma tête, sous l'oreiller, dans mon lit. Pourquoi sous l'oreiller? Parce que l'homme quand il dort, souffle comme un phoque sur la banquise...voilà pourquoi! Mais comme ce n'est pas un motif de divorce valable, je fais avec (tentative d'humour marital). Une fois n'est pas coutume, j'ai eu le courage de lutter contre ma légendaire flemme et je me suis levée pour coucher ces mots avants qu'ils ne s'évaporent et que l'enchaînement des phrases ne fassent plus sens dans ma tête.
Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu faire véto.
Je suis sûre d'avoir déjà commencé un, voire plusieurs, texte par cette phrase sentencieuse. Ça sent le récit initiatique cette phrase là, vous l'entendez la musique orchestrale en fond sonore?
Cependant, on m'encourageait à noter le 1er jour de rentrée scolaire, sur la petite fiche que les élèves remplissaient pour le maître ou la maîtresse, d'autres souhaits de métier. Mes camarades voulaient faire pompier, alpiniste, aviateur, et je ne sais plus quoi. Moi je voulais être vétérinaire, et parce qu'on m'y encourageait, chirurgien ou architecte, et vice et versa.
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Dans ce clip déjanté, les Inconnus nous livrent des paroles qui frôlent le niveau philosophique, voire même le surpassent. Soyez sur vos gardes, car comprendre le sens de chaque phrase pourrait...
Toujours savoureux!;-)))
Avec bien sûr la petite remarque assassine: "tu sais, les études sont difficiles, ne te fais pas trop d'illusions quand même!". Ceux qui me disaient ça sur un ton un peu condescendant ne savaient pas à qui ils s'adressaient!
Paradoxalement, nous n'avions pas d'animaux de compagnie à la maison. Même le chien de garde, loyal berger allemand de récupération, adopté lors de notre séjour Nord-Africain pour cause de coopération pour mes parents, avaient atterri chez mes grands-parents une fois rentrés en France. Il était inconcevable de le faire vivre en appartement avec nous, et ni mon frère (qui adorait ce chien qui le lui rendait bien) ni moi n'avions été consultés à ce sujet. A cette époque, les enfants ça se taisait et ça obéissait aux injonctions des adultes.
Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans...
Je me vengeais donc de cette frustration en récupérant tout ce qui contenait une étincelle de vie et que je jugeais nécessiter mon aide pour survivre. Que ce soit à plumes ou à poils, si une pauvre créature en danger ou en souffrance croisait ma route, elle avait sa chance. Toutefois celle qu'une petite fille affublée de parents peu sensibilisés au bien-être animal pouvait lui offrir. Je rendais ma mère dingue en lui ramenant mes protégés à la maison...Mon père était plus permissif, mais pas vraiment plus impliqué. Il savait se protéger d'une douleur que je ressentais à chaque échec, et ils furent nombreux.
C'est certainement mon grand-père maternel qui était mon meilleur allié dans cette quête du sauvetage réussi. Mes grands-parents avaient tous connus au moins une (voire deux pour les plus âgés) guerre et ses privations, parfois ses horreurs. Lui, mécanicien dans l'aviation allemande, avait été fait prisonnier dans le bassin houiller de Lorraine. Il n'en était jamais reparti, fondant sa famille et sa vie avec ma grand-mère, dans cette cité de Petite-Rosselle où je passais la majorité de mes vacances jusqu'à l'adolescence. Et bien que les animaux aient plutôt une utilité, que simplement être de compagnie, il respectait profondément la vie, et me soutenait dans mes efforts de vétérinaire en herbe. Il a certainement été le plus fier de mes proches lorsque j'ai eu mon diplôme.
Du coté grand-paternel, la relation à l'animal était plus distante, avec pour ustensiles interactifs la poêle et l'assiette. Parce que la bonne chair était essentielle à ma grand-mère qui cuisinait divinement bien. Elle élevait avec bonhomie et rigueur des lapins au fond de son jardin, dans un clapier propre et abondamment fourni en foin odorant. Mon frère avait réussi à apprivoiser un jeune lièvre, attrapé dans les fraisiers de ma grand-mère, qui avait accepté à contre-coeur de lui laisser la vie sauve alors qu'il avait ravagé tout un rang de ses précieux fruits à confitures. Ce fut le second et dernier animal auquel j'ai vu mon frangin s'attacher très fortement, comme un enfant est capable de ressentir une passion pour un animal vers l'âge de 8-9 ans.
Un dimanche , lors d'un repas familial , un de mes oncles a trouvé marrant de clamer à table que le lapin à la moutarde était le fameux lièvre, devenu entretemps adulte et bien dodu. Il est vrai que Jeannot (c'était son petit nom) avait opportunément pris la poudre d'escampette avant que nous n'arrivions en weekend cette fois-ci. Mon frère s'est décomposé, ça a été un vrai choc pour lui. Depuis, il n'a plus créé de lien ni montré d'intérêt pour aucun animal, et ne comprend pas forcement mon attachement à mes bestioles.
Je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans...
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Grand Corps Malade - A chacun sa bohème (Clip Officiel)
"En parallèle du film " Monsieur Aznavour " que j'ai eu l'honneur de co-réaliser, " À chacun sa bohème " est ma réponse à la plus célèbre chanson du grand Charles. Avec sa voix et ses violo...
J'aime beaucoup l'original, mais aussi cette version plus moderne...
Mais qu'est ce que quoi donc? Où veut-elle nous emmener, la vétérinaire en herbe devenue grande? Et pourquoi ce titre? J'y viens:
Je suis très chats, ceux qui ne l'ont pas encore compris ont des peaux de saucisson sur les yeux. Cependant, j'adore les chiens, amis fidèles et loyaux, plus enclins à donner une affection sans limite qu'à en vouloir à un maître pas toujours tendre (ce n'est pas mon cas, qu'on se rassure). J'ai attendu très longtemps, presque jusqu'à l'obtention de mon diplôme, pour à nouveau pouvoir jouir d'une présence canine dans ma famille: en 3ème année à l'Ecole Vétérinaire, pour G'djinn le 1er teckel à poil dur de mes parents. Ont suivi Itaque, labrador acquis lors de mon 1er hiver de pratique en Haute Savoie, puis Aïsha, la seconde teckel à poil dur de mes parents il y a 20 ans, et enfin Gersey, ma golden retriever qui vit probablement ses dernières semaines, ou ses derniers jours.
Ces 2 dernières années ont été semées de péripéties médicales et chirurgicales pour cette gentille blonde, sensible et attachiante (oui cet adjectif est tout à fait adapté).
Mais elle s'accroche à la vie, motivée par la gamelle entre autres. Cependant, récemment, cette motivation semble diminuer doucement, comme sa masse musculaire. Elle fond doucement, malgré le fromage, les câlins, les bouts de brioche, la pâtée appétente. Son cœur fatigue, et contre cette fatigue là, même les médicaments finissent par ne plus faire effet.
Alors je suis dans l'attente, cette attente parfois interminable, pour détecter quand sera le bon moment de l'accompagner vers une mort douce, celle autour de laquelle nos politiques se font des nœuds au cerveau (en ont-ils un vu ce qu'ils sont capables de nous pondre? On se le demande souvent) actuellement et pour encore un bon moment. Cela ne m'empêche pas d'espérer ne pas avoir à intervenir pour cela, et que la nature soit aussi conciliante que ma chienne a été gentille pour éteindre sa flamme quand elle dormira, prochainement.
Mais je ferai ce qu'il faudra.
Et comme un fait exprès, hier nous sommes allés rencontrer notre future nouvelle recrue, Antoinette, teckel à poil dur naine de son état. Je vous narrerai peut-être un autre épisode de ma vie de chien sur un ton plus joyeux.
Le jour où ma blonde décidera de me quitter définitivement, je n'aurai probablement pas l'envie d'écrire à ce sujet. Aussi je l'anticipe ici, et je le reposterai. Et aussi pour redire, haut et fort, qu'à chaque petite vie que j'accompagne, à la clinique ou dans ma vie privée, mon choix de toujours est conforté: c'est bien ce métier là que je voulais faire, et que j'ai réussi à exercer, toutes ces années. Ce n'est pas tous les jours facile, mais les victoires, même petites, sont toutes précieuses. Et l'honnêteté, la probité, la confraternité ayant toujours été mes compagnons de travail, je n'ai à rougir d'aucun de mes échecs, bien que certains m'aient gâché de nombreuses nuits de sommeil.
Comme je l'ai dit récemment à mon astre, suite à une mauvaise blague de mon karma professionnel farceur: "j'aime ce boulot, mais il ne m'aime pas !"