Je ne sais pas si mon métier joue un rôle dans ces comportements jugés comme anormaux, mais c'est probable. J'évoquerai ici mes addictions les plus remarquables, car elles sont légion! Et il ne sera pas question ici du travail du vétérinaire que je suis, bien que cela puisse être considéré comme une addiction pour la plupart de mes pairs.
Si je fais la synthèse de mon parcours depuis la classe préparatoire au Lycée Marcellin Berthelot , je dois reconnaître qu’à chaque stade de ma vie/carrière , des tocs (troubles obsessionnels compulsifs) et des addictions m’ont accompagnée. Et «c’est pas fini! ».
Que ce soit des comportementaux destinés à gérer des angoisses (rituels contra-phobiques) ou à compenser des frustrations , j’en ai une longue liste à mon actif.
En prépa donc, il m’a fallu une pochette neuve de feutres pour affronter chaque DS (devoir sur table) en particulier de biologie , puisque c'était la matière par excellence illustrée par de nombreux dessins et schémas . Pas n’importe lesquels les feutres: fins, d’une certaine marque de l’époque, pas une autre marque. Une partie non négligeable de mon maigre argent de poche y passait. Le reste de mon modeste pécule était consacré à acheter des bandes dessinées dans la célèbre librairie «la Griffe Noire» à St Maur des Fossés https://www.lagriffenoire.com/, en général une par semaine , le samedi , comme un rituel (pas "comme", un rituel indéniable). Déjà une addiction , mais celle-là je m’en suis débarrassée. Les BD je les ai encore bien entendu!
Ces feutres , en nombre, m’ont ensuite bien servi à l’école vétérinaire pendant les 4 années où il m’a fallu illustrer certaines matières.En effet , j'avais accumulé suffisamment de matériel pour couvrir mes besoins sur la période Marcy l'Étoile, et même au-delà!
Et puis c’est devenu un sujet de plaisanterie familiale, ce qui contribue peut-être à une future légende me concernant ?!
Les originaux n'existent plus, snif... ils étaient parfaits, je n'avais que de bonnes notes en les utilisant, ceci expliquant cela...
À la même époque , ma relation avec la nourriture était globalement très chaotique, le stress et la pression phénoménale de ces classes préparant aux concours des grandes écoles, nécessitaient probablement que j’ai un contrôle sur ce que je pouvais contrôler: mon travail (énorme) et ma consommation de calories (ridicule).
La pression s’est un peu relâchée à l’entrée à l’école, vite remplacée par une autre , plus sournoise: apprendre le plus de théorie et acquérir le plus de pratique avant le clap de fin, pour trouver un emploi et rembourser, pour ma part , les sommes empruntées pour financer ce grand cirque que sont les études supérieures, quand on a des parents démissionnaires financièrement (aucun jugement, chaque famille fait ce qu’elle peut).
J'essaye de ne pas oublier que chaque évènement, chaque choix, chaque chemin suivi, détermine l'individu en devenir et qui continue d'évoluer toute sa vie. Je m'efforce donc de toujours regarder devant moi avec espoir (celui de m'améliorer, et de laisser une modeste marque de mes bonnes actions, dans l'univers en constant mouvement) plutôt que de regarder par-dessus mon épaule avec regret voire rancœur, et cultiver un sentiment d'injustice qui me ralentirait. Je n'avance pas vite, alors je préfère m'éviter tout frein supplémentaire.
Avec l'entrée dans la vie active, le combat contre la nourriture a persisté, mais est devenu d'une autre nature. Plutôt que de lutter pour me nourrir, j'ai dû lutter pour limiter les quantités. Chaque évènement stressant, chaque frustration, colère, tristesse, me poussait vers le frigo ou le placard. J'aurais pu tenir un baromètre de mon état d'esprit, rien qu'au compte des calories ingérées sur plusieurs années. J'ai déjà eu l'occasion de relater mes débuts chaotiques dans le monde de la santé animale. A cette époque, officiellement, les troubles alimentaires relevaient du manque de caractère, de la gourmandise pure, voire de la pure bêtise. Inutile donc d'espérer recueillir de la compréhension ou de l'empathie sur ce sujet, encore une fois, à l'époque où j'étais jeune véto. Heureusement les choses ont bien changé depuis. Ceci dit, ça fait longtemps que mon cerveau s'est rabiboché avec mon estomac. Cette période est derrière moi, sans aucun regret.
Les kilos scotchés par les yoyos de la balance se sont par contre bien installés, et jouent les hôtes permanents. Tant pis, l'astre n'a pas jugé bon de se trouver une brindille, et mes genoux ne se roulent pas par terre de douleur, alors je vis avec. C'est un peu comme être en coloc avec quelqu'un d'antipathique, mais discret malgré tout. Et puis ce n'est pas comme si une autre de mes addictions s'était elle aussi accrochée à mon rocher: l'achat compulsif de fringues et autres chaussures et sacs à main!
Il fut une période heureuse mais assez brève où j'ai partagé cette passion avec ma belle-mère que j'aimais d'une affection profonde. Cette femme brillante et généreuse avait un talon d'Achille: sa carte bleue très gourmande. Elle aimait ce qui était beau, de belle facture, à la mode, un peu aussi ce qui brillait, et elle aimait prendre soin d'elle, par l'entremise de son coiffeur et de sa manucure. Elle m’entraînait avec elle en virées shoppings, ponctuées de thés au Grand Café des Négociants (institution lyonnaise), m'initiant aux marques de créateurs et chausseurs de luxe (elle gâtait ses enfants, j'étais juste un enfant de plus).
Et heureusement qu'elle en a profité. Elle nous a quittés prématurément, laissant une famille éplorée et quelques crédits non soldés, le quotidien d'une accro au shopping. Pour elle aussi, cette addiction était une façon de nourrir sa tristesse. J'en resterai là pour ce sujet.
Cette passion pour les fringues, et la recherche du vêtement qui sortirait de la banalité, a perduré. J'y ai claqué des sommes conséquentes. Je réalise aujourd'hui la vacuité de cette appétence pour l'apparence. C'était probablement ma revanche sur la modestie de ma situation d'étudiante, puis de jeune praticienne endettée.
J'aime toujours les belles fringues, mais dans les vitrines. Je m'offre de temps en temps une jolie pièce, plutôt faite pour durer. Je cherche encore la motivation pour trier un dressing qui dégueule littéralement de vêtements, qui s'ennuient à force de ne pas/plus être portés. Un jour j'y arriverai. Je ne perds pas espoir.
J'ai écrit plusieurs rubriques concernant les réseaux sociaux. Ils constituent une autre de mes drogues. Probablement celle dont la maîtrise de consommation et le sevrage sont les plus délicats. Une histoire de Dopamine générée par le "scrolling", habitude qui consiste à faire défiler des vidéos suggérés sur les fils d'actualités, sur Facebook et Instagram principalement. Qu'est-ce qu'on y gagne? Rien en réalité, hormis le sentiment de perdre son temps, et une insatisfaction qui pousse a prolonger ce défilement indéfiniment. De réseau social il devient asocial, puisqu'au lieu de rapprocher l'individu en le connectant largement, celui-ci s'isole de la vraie vie.
https://vetinclermont.fr/2025/01/le-veto-et-les-reseaux-part.2.html
Mon astre me reproche fréquemment et à juste titre, de passer plus de temps avec mes amis virtuels (que j'ai longuement évoqués ici:
https://vetinclermont.fr/2024/05/mon-amie-imaginaire-part.1.html)
qu'avec les personnes qui me côtoient dans la vraie vie. Disons que les amis virtuels sont pour certains devenus des amis dans la vraie vie, et je m'efforce de ne pas consacrer plus de temps que nécessaire aux autres. Toutes ces relations sont bien entendu en lien avec mon métier. Celui-ci reste la colonne vertébrale de ma vie.
Il y a une addiction supplémentaire (oui ça commence à faire beaucoup, et encore je n'ai pas évoqué les diverses collections que j'ai débutées parfois dans mon enfance. Je les ai toutes abandonnées, par manque de place, et par ras le bol de devoir y consacrer temps et volume inutiles lors de nos déménagements 😅) que je veux décrire ici:
Les jeux.
Ma grand-mère paternelle jouait au tiercé: les courses de chevaux étaient la seule passion ludique que je lui connaissais (ça compte comme ludique le jardinage?). Cette activité était très populaire dans mon enfance, peu coûteuse en général mais très addictive. Mon aïeule était assidue et collée à son poste de radio pour suivre ses poulains. Je ne pense pas qu'elle ait jamais beaucoup gagné aux courses, mais elle adorait ça. Je suis convaincue d'avoir hérité d'elle cet attrait pour les jeux en général, moins pour les paris. Bien que le risque pécuniaire soit anecdotique me concernant, encore une fois l'investissement en temps est, il faut le reconnaître, colossal. Si je devais convertir le temps passé à pianoter sur mon téléphone pour résoudre des casse-têtes, en temps de lecture ou d'écriture, j'aurais probablement lu l'intégralité d'une encyclopédie, et rédigé une saga en plusieurs volumes de quelques centaines de pages chacun.
Je n'invente rien, il existe des applications qui calculent ce temps pour vous, et vous font une synthèse du temps passé sur les diverses fonctionnalités de votre téléphone, et vous mettent sous le nez le constat navrant de tout le temps que vous avez perdu. Et comme je l'ai noté, je veux me rendre utile , le nez en avant comme le Pointer à la chasse à la perdrix. Il est donc temps, plus que temps, de prendre des mesures pour re-équilibrer mes activités et le temps que je leur consacre, afin que ce soit majoritairement pour qu'elles soient productives, et meilleures pour le fonctionnement de mes neurones, avant que ceux-ci ne se soient fait la malle de façon irréversible. Et aussi pour que l'astre veuille bien rester à mes côtés, car c'est plus drôle de vieillir avec quelqu'un pour partager mes blagues douteuses et mes coups de gueule, mais aussi les bons restos et les moments magiques sous les étoiles, avec nos poilus.
Vous me direz qu'il existe une addiction classique, et notamment dans notre profession, que je n'ai pas évoquée: la consommation d'alcool. Mon père en étant atteint, et ce depuis ma plus tendre enfance, pour compenser un état très probable de profonde dépression, niée par lui-même et par son entourage (encore une fois, gestion propre à la génération de mes parents et grands-parents), j'ai assez vite été attentive à rester maitresse de ma consommation. Je pense pouvoir affirmer que grâce à ce qu'il a vécu, je n'ai pas sombré dans les mêmes affres que lui. L'avenir me le dira...
Cette année, nous souffleront les 30 bougies de notre union légale, c'est donc une façon pour moi de célébrer cette pugnacité à affronter en couple les aléas de la vie que de faire du ménage, réel et virtuel. Libérer de la capacité cognitive et du temps pour des échanges réels devient donc ma mission pour cette année. Qui a dit que le mois de Janvier était réservé aux bonnes résolutions? Je trouve qu'Avril s'y prête tout aussi bien!